cabane dans un arbre à flanc de montagneDoucement, l’envie du voyage revient. L’envie de voir, de rencontrer, de l’inconnu du lendemain. J’ai passé plus d’un mois dans le « froid » de Quito, réfugiée à l’Auberge Inn, un hôtel tenu par Jean-Luc dont le rire rappelle qu’on doit pouvoir mourir de rire et, ma foi, j’adore l’idée… Les rires de toute l’équipe qui résonnent dans cette hacienda m’ont donné envie de me sentir comme chez moi, à ne pas trop bouger, à boire des coups, regarder des films et faire du yoga…

Faire de la balançoire au milieu du cielQuito est une capitale à taille relativement humaine, 2 millions d’habitants, entourée de montagnes – on est à près de 3000 mètres d’altitude – parsemée de plein de parcs. Il y a le centre historique, un peu trop touristique, et le quartier de la Mariscal, un peu trop tendance.. Mais entre les deux on navigue plutôt facilement et le site est très aéré – heureusement parce que la fumée noire que crachent les bus fous de la ville est particulièrement désagréable à respirer. C’est une base plutôt sympa pour passer de la côte pacifique, avec l’archipel des Galápagos, à l’ouest vers l’Oriente, où il y a la forêt amazonienne, et au sud, le long de la Cordillère. Montagne, jungle et mer, le trois-en-un équatorien… Et il ne faut surtout pas rater la fondation Oswaldo Guayasamin, un peintre aussi énorme que Picasso, reconnu à 23 ans et qui a peint les souffrances du XXème siècle et le métissage sud-américain pendant plus de 50 ans. A connaître absolument !

 

Meta description du lien vers la fondation Guayasamín

 

 

 

Faire (encore) de la balançoire dans le cielJ’ai finalement eu envie de reprendre un bus pour aller voir ce qui se passe par là-bas. Là-bas, c’est Baños, une petite ville particulièrement touristique, aussi entourée de montagnes mais où il fait bien plus chaud ! Il y a des hôtels, auberges, restaurants à chaque coin de rues ainsi que des spas où se faire masser et des agences de tourisme pour faire du cheval, les cascades, du rafting, aller dans la jungle, que sais-je.. Mais ce qui est surtout sympa dans un pays aussi peu cher et au milieu d’un continent si riche, c’est qu’on y rencontre des voyageurs au long cours qui arrivent du monde entier et avec qui on partage les mêmes chemins de traverse.. De très belles rencontres !

volcan Tungurahua dans les nuages en Équateur

 

cascades de Chin Chin, sur le rio pastaza, Baños, ÉquateurChin Chin est un hameau sur la route des cascades entre Baños et Puyo, « une des plus belles routes du pays », qui suit les gorges du rio Pastaza. À Chin Chin, ce n’est pas une mais deux cascades qui se jettent dans les gorges. Elles s’appellent « el manto de la novia », le manteau de la mariée. On peut prendre une « tarabita », une petite cabine suspendue à un câble, pour traverser les 500 mètres des gorges et s’arrêter « juste » au-dessus des cascades, à 100 mètres de hauteur.

 

 

Il y a quatre ans, la rivière Chin Chin a été bloquée, beaucoup plus haut dans les montagnes, par un glissement de terrain. Pendant quelque temps, le cours d’eau s’est réduit puis tari sans que personne ne s’en inquiète vraiment. Et, un vendredi matin, tout a lâché et une avalanche de boue, une sorte de mini tsunami terrestre, a détruit tout sur son passage. Charriant des rochers du haut de la montagne, la coulée a arraché tous les arbres de la forêt vierge qui étaient sur son passage et détruit, juste avant la cascade, les quelques maisons et un hôtel qui étaient construits là, faisant 3 blessés et 5 disparus. L’événement a été tellement violent qu’il n’est resté après qu’une longue trainée de terre, jonchée de rochers et de cadavres d’animaux, d’arbres arrachés et de quelques débris de maisonnettes explosées. Le cours de la rivière a été modifié, redessiné par les amoncellements de rochers qui ont divisé le cours en deux et donné naissance à la double cascade. Tout autour des cascades, la végétation est encore manquante.

vallée du rio pastaza, baños, Équateur

 

 

rivière pierreuse avec végétationDepuis la vie reprend ses droits. Mais le paysage est tout autre. Des deux cotés de ce passage, la forêt vierge reste intacte, gigantesque et foisonnante. Mais là où l’avalanche est passée, la végétation est toute naine, jeune. Et ce sont de nouveaux arbres qui poussent. Ils ressemblent à des bouleaux, avec leur tronc blanc et leurs feuilles claires. Ils poussent par bosquets. Ils ont la capacité de grandir au milieu des rochers. Les anciens arbres, qui sont toujours nombreux sur les flancs, tentent de revenir, mais il n’est pas sûr qu’ils arrivent à retrouver leur place avec l’invasion des bouleaux. Ils ne sont pour le moment que de jeunes arbustes. Et puis, il y a d’autres nouveaux venus : des pins qui vivaient plus en altitude ont comme « émigré » dans la vallée. Vous parlez d’un voyage pour un arbre ! Eux aussi sont de jeunes plants. Mais il semble pousser plus vite que les anciens « habitants ».

vue sur vallée, avec rio pastaza en fond

Les hommes aussi, comme les bouleaux, profitent du désastre pour occuper la place. Le prix des terres s’est effondré, avec la peur et les mauvais souvenirs. Mais comme tout a été défriché, de nouveaux propriétaires se sont installés, ils ont plantés des mandariniers, ouverts des restaurants avec des bassins à truites. Sur le cours de la rivière, l’Etat construit une mini-centrale hydraulique pour éclairer les cascades et la tabarita. Ça va devenir très beau et très touristique. Il faut dire que des deux côtés, c’est encore la forêt primaire et se promener là ça vous donne des frissons.

Vue sur vallée avec fougères

arbre fougère sur fond de cielLe chemin s’appelle « el camino de los contrabandistas ». C’est par là que passait l’alcool pendant la période de prohibition du siècle dernier. On peut venir de Baños (3 heures) et continuer une petite heure jusqu’à San Pedro. C’est juste un petit sentier, entouré de toutes sortes d’arbres. La végétation est très dense, des fougères géantes, des arbustes à feuilles très larges, un peu comme celle des caoutchoucs, mais plus grandes encore. Des arbres de toutes les formes, avec des lianes, de la mousse, des plantes ; il y a aussi beaucoup d’arbres fruitiers. Et, les arbres qui dominent en hauteur sont… Des fougères ! En fait oui, si vous laissez pousser les fougères, 30 ans voire 50 ans, ça devient des arbres avec des troncs suffisamment durs pour servir pour la construction. On entend le chant des perroquets qui se chamaillent un peu plus loin, ça ressemble étrangement à des singes qui jouent, ou des humains qui se disputent. Le sentier monte et descend, pour traverser une cascade, puis remonte. Un mini glissement de terrain là, des tiges vertes presque fluo qui nous barrent le chemin plus loin. Ça foisonne. Et quand on arrive à San Pedro, c’est encore un autre décor, beaucoup plus féérique, que je vous raconte bientôt…

route de montagne, tunnel de San Pedro; Baños, Équateur