Lac de Cuicocha, Imbabura, ÉquateurCotacachi est un volcan « probablement » éteint qui pointe à presque 5000 mètres dans la province d’Imbabura, dans le nord du pays. Sa dernière irruption, il y a un peu plus de 3000 ans, a donné naissance à une caldeira qui répond au doux nom de Cuicocha. Une caldeira c’est un creux qui se forme sur certains volcans quand ils se vident de leur lave ; ça entraine un effondrement de la partie « plafond ». À Cuicocha, ça a créé un cirque, de forme elliptique, entouré d’une faille, qui forme comme un anneau, d’une taille très impressionnante.

Marcher, 6 heures, autour, ça aide à prendre la mesure de cette démesure. On est à 3250 mètres d’altitude, dans les nuages, avec autour des sommets de volcans, l’Imbabura et le Cayambe. La légende raconte que les valons et contreforts qui dessinent la région sont le résultat des amours passionnelles du sorcier Imbabura et de Mama Cotacachi, qui avait de son côté pour souteneur Cayambe. Toutes ces explosions « d’amour » ont au final donné une région très riche, recouverte de terre noire et grasse.

 

Vue du lac de Cuicocha, Imbabura, ÉquateurLe centre d’information annonce que la particularité de cette région est qu’on est en zone tropicale et que, malgré cela, il y a des sommets avec des neiges éternelles. Avec le Kenya et son Kilimandjaro, ce sont les deux seuls pays au monde à avoir ce mélange. Pour ce que j’en sais des volcans, moi qui vient d’Orléans, c’est le massif central.. Ici, on est dans une autre dimension. Il y a un peu plus d’un an, alors que j’étais aux Canaries, je suis montée jusqu’au refuge du Teïde, qui fait 3700 mètres. Alors que le Teïde donne une impression de fin du monde, désertique ou lunaire, avec la marque d’explosions d’une violence inimaginable, Cuicocha est tout en sérénité ; il est tout habillé de verdure et l’eau du lac est toute tranquille

Cuicocha, Imbabura, Équateur

Teïde a plus de 500 000 ans et sa dernière irruption date de 1909. Alors, oui, Cotacachi, qui est bien plus jeune, pourrait bien se réveiller. C’est assez impressionnant de vivre à côté de ces êtres là, qui naissent, s’endorment, se réveillent, et s’éteignent. Comme le grand Gulliver. À Quito, le Guagua qui est juste au dessus de la Capitale, est toujours en activité – c’est-à-dire qu’il ne dort même pas !? À Baños, d’où je vous ai écrit, le Tungurahua est en activité depuis 1999 et en activité élevée ce début février, avec émissions de cendres et projections incandescentes au point de bloquer les routes et d’évacuer des centaines d’habitants.

Cuicocha, Imbabura, Équateur

 

Vue du lac de Cuicocha, Imbabura, ÉquateurEn attendant d’éventuelles nouvelles effusions, la caldeira de Cuicocha s’est remplie d’une laguna, d’un lac, dont le tour fait 3 kilomètres. L’eau y est très pure : elle est venue des neiges éternelles du sommet de Cotacachi et prend les couleurs du ciel, bleue, turquoise ou lune argentée si la lumière est blanche de nuages.

 

Dans la laguna émergent deux ‘gros’ îlots. Ils forment quatre dômes recouverts de forêt, et ressembleraient à deux cochons d’inde – Kuykucha, en Queshua, ça veut dire « le lac des cochons d’inde ». Le plus petit s’appelle Yerovi, l’autre, Teodoro Wolf… Ils sont interdits à la visite. Il y a juste quelques bateaux qui emmènent en faire le tour, ça doit être très beau aussi. Vu d’en haut, les bateaux ressemblent à des coquilles de noix.

bateau longeant le lac de Cuicocha, Imbabura, Équateur

C’est la première fois que je fais le tour d’un volcan. C’est un très beau voyage. On se sent pas grand, et pas grand chose, devant cette majesté, l’immensité et la beauté. Nous avons eu la chance d’être presque seules au monde (avec ma copine Juli). Le soleil s’était caché, il faisait frais, idéal pour marcher, monter surtout. Nous avons croisé une bande de chevelus fort sympathique : Colombiens, Péruviens, Mexicains, quatre hommes, une femme et un bébé, dread-locks ou pas, ponchos, besaces et flute de Pan. Joyeuse bande, ils ont rejoint la route assez vite, le chemin est long et assez dur, avec le bébé, c’était pas jouable. On a aussi croisé et recroisé un couple de jeunes Allemands sportifs. Sinon, juste le ciel, les nuages, la caldeira, les arbres et les fleurs.

Cuicocha, Imbabura, Équateur

Le voyage commence par une ascension assez longue, il faut monter jusqu’à l’anneau. Il y a beaucoup d’escaliers faits de buches de bois qui retiennent la terre. Au fur et à mesure que l’on monte, le lac avec ses quatre collines alanguies se présente sous une autre perspective : vue de haut, de plus en plus haut, on découvre leurs formes entières, la vue épouse toute la laguna et les versants cachés des cochons d’inde. On est soit complètement dans les nuages et on ne voit émerger du coton que des grappes de fleurs bleues, des fuchsias et des jaunes. L’eau en bas, qui brille parfois derrière des volutes de brume, dessine des formes de côtes là où la falaise plonge. Ou encore, le soleil perce d’une lumière blanche et éclaire tout alentour les champs, les valons, les villages plus loin, tandis qu’un autre sommet assombrit la nuée plus haut ; et l’eau de Cuicocha prend une autre couleur.

Cuicocha, Imbabura, Équateur

Après la montée assez ardue, le chemin devient plus tranquille même s’il y a encore quelques escarpements. On tourne autour des îlots, on aperçoit d’où on vient. Le décor change, le sol est moins sec et des arbres nous accompagnent. À la moitié du chemin, on voit les îlots de l’autre côté, avec la perspective de toute la vallée derrière, l’eau est d’argent, c’est grandiose et à part s’exclamer, il n’y a pas grand chose à dire. Le soleil tourne aussi et change les ombres et change les formes. À la fin du voyage, on s’est assis sur le bord du cratère, tout le cirque et sa falaise circulaire se déroulait autour de nous. On ne voyait plus que le plus grand des îlots qui occupait le lac. Un des bateaux est passé, insignifiant dans l’ombre du cochon d’inde. On était toutes petites, et plus petits que nous, les moustiques, sont venus nous attaquer. Alors on est parties.

Cuicocha, Imbabura, Équateur