garçon à l'avant d'un bateau en partance pour l'AmazoneC’est un peu dans la série « je l’ai fait ! ». Une aventure de trois petites semaines : du nord de l’Équateur, rejoindre le Pérou par la rivière Napo puis le fleuve Amazone. Le tout à bord de bateaux locaux. Par la suite, regagner l’Équateur par le sud, au plus court, en passant par la jungle de montagne.

Je suis donc partie de Francisco de Orellana, la surnommée Coca, ville située aux confluents de 3 rivières dont le Napo, principal affluent du fleuve Amazone. Au port, le chef de la Capitainerie m’a dit qu’un bateau arrivait le lendemain et allait directement à Iquitos, la ville de la jungle péruvienne, en trois jours. Achat du hamac, gamelle et couteau, eau, fruits et légumes. Je dois avouer que je m’attendais à un bateau plus grand, mais bon : c’était parti ! On m’avait dit de venir à l’embarcadère à 7h30, il y avait là deux ados qui rentraient dans leurs communautés, un trentenaire qui allait jusqu’à Nuevo Rocafuerte, la ville de la frontière où on arrivait le soir même, et Konweï, un trader nippon aussi d’une trentaine d’années, parti pour son tour du monde. On a décollé à 11h, avec les deux moteurs de 250 cc à fond les ballons – pas forcément mon rêve, mais on était au milieu de la jungle au fil de la rivière, et regarder les arbres me plait particulièrement.

jungle amazonienne le long ru rio Napo

communauté sur la rive du rio Napo, Amazonie, ÉquateurLa rivière Napo est au moins aussi large que la Loire que je connais du côté d’Orléans, parfois même bien plus large, et son courant est très puissant. Cette première journée a surtout été l’occasion de découvrir quelques unes de ces communautés des rives à l’occasion des arrêts pipi et des débarquement ou embarquement de riverains : une, deux, jusqu’à peut-être cinq maisonnettes perdues dans la forêt, certaines totalement invisibles de la rivière, les animaux domestiques en liberté un peu partout, volailles, cochons, quelques vaches.. Certaines sont très pauvres, avec la famille qui reste planquée derrière ses cloisons – manifestement sans envie de voir du monde ; d’autres sont plus charmantes, fleuries, organisées avec toilettes communes. Une vie tranquille pour sûr !

 

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Rocafuerte, sur la rive du rio Napo, Amazonie, ÉquateurNous sommes arrivés à Nuevo Rocafuerte assez tard, le temps de faire les formalités de sortie de territoire et le soleil s’était couché. Nous avons du passer la frontière à la lueur de la lune sous une pluie battante : un moment un peu bizarre, environnée d’une bâche avec une absence totale de visibilité, sans savoir où j’étais, ni où j’allais. Pour finir, Puntoja, le premier village péruvien était sans eau ni électricité… Konweï s’est offert une chambre à l’hôtel et a fini par coucher par terre dans l’entrée. J’ai accroché mon hamac au toit du bateau, pas loin de celui du capitaine – j’adore dormir dehors…

 

bateau sur le rio Napo, le soir en Amazonie, frontière équatorienne et péruvienne

amazone-bateau-drapeau-equateurNous sommes repartis tôt le matin. Le soleil se levait sur cet océan de verdure qui se déroulait toujours sur les deux berges. Côté péruvien, les communautés sont plus grandes et plus en vue. Ce sont déjà des bourgades d’où la forêt a été repoussée. Une famille indienne nous a rejoint sur le parcours, un bébé de 15 jours et ses deux sœurs de deux et cinq ans. Il n’y avait guère que le jeune père qui parlait espagnol. Les filles étaient assez intimidées mais se sont vite adaptées, et délurées sans crise.

Sur les deux bords, les arbres se succèdent, plus ou moins densément, parfois de longues sylves d’une même famille, parfois une foule innombrable d’arbres de toutes formes : des troncs blancs fins, longilignes couronnés de quelques branchages ; d’autres aux troncs sculptés de plusieurs bombements et dont les houppiers sont en forme de bouquets ; fromagers aux racines protubérantes, bambous, papyrus aux feuilles en éventail, des bananiers aussi, pour ceux dont je connais les noms. C’est fouillis, ça foisonne de papillons et d’oiseaux, s’étire de lianes et de lierres, ça fourmille d’arbustes. Les arbres sont des fontaines de vies, des mondes entiers à eux-seuls. Parfois il ne reste que des troncs morts entièrement recouverts de plantes grimpantes, telles des misères gigantesques, et qui font comme un rideau de feuillage qui peut même s’entremêler à d’autres arbres encore vivants. Luxuriant. Derrière la jungle s’étend à perte de vue, avec quelques cimes de géants qui émergent de la canopée compacte.

jungle amazonienne sur les rives du rio Napo, Équateurjungle amazonienne sur la rive du rio Napo, Équateur

homme posté à la proue d'un bzateau sur le rio Napo, Amazonie, ÉquateurJe n’ai vu qu’un seul animal pendant ce périple : une biche qui avait eu la mauvaise idée de traverser la rivière alors que notre bateau arrivait. Le Second, posté à la proue, l’a vue et sa salive n’a fait un jet : c’est juste bon à manger. À sa demande, le capitaine a ralenti et suivi l’animal tandis qu’il attrapait une corde dans le but de l’étrangler. Il n’était pas si doué. Konweï a pris une photo, les filles ont ri, plus de mal-être que de joie j’ai pensé. Forcément, j’ai fait ma végane diplomate négociant la grâce de l’animal et le capitaine ne s’est finalement pas fait prié. Mais c’était sans compter avec quatre jeunes hommes désœuvrés qui habitaient sur la berge. Ils ont remarqué notre manège, sauté dans leur barque et rappliqué jusqu’à la biche, leurs visages éclairés d’un sourire radieux. Le plaisir de tuer : un truc qui me dépasse. Celui qui était à l’avant était armé d’une poutre qu’il élevait dans les airs afin de fracasser le crâne de la bête paniquée. Je n’ai pas regardé la suite et le Capitaine a accéléré pour les dépasser. Je ne suis même pas sure qu’ils aient été en mesure de la hisser sur leur barque.

 

écolière en barqueNous avons dormi à Santa Clotilda, une bourgade bien sympathique toute étonnée de voir débarquer notre duo de touristes improbable : Konweï qui semblait s’amuser de son humilité appuyée « à la japonaise » et moi qui dépassait tout le monde d’une tête avec ma tignasse blanche. On a papoté avec plein de gens. J’ai pu remarquer que personne ne se plaignait, le Pérou va bien même s’il faut quitter son cher village pour aller chercher du travail à Iquitos. Des gens bien dans leur peau dans une bourgade très animée. Nouvelle nuit sur le bateau, avec tout le monde cette fois, musique live tranquila sur la rive après m’être lavée dans la rivière avec les enfants du coin.

coucher de soleil, rio Napo, Amazonie, Équateur

route du port de Mansa; à bord d'une moto-carrioleDernier départ le lendemain pour arriver vers midi à Mansa. Mansa, c’est deux bouts de port reliés par une route qu’on rallie en cinq minutes en moto-carriole, l’un sur le Napo, l’autre sur l’Amazone. La route évite de faire 8 heures de navigation pour contourner la presqu’île jusqu’au fleuve. Sur la place à l’arrivée, le discours d’un religieux résonnait dans des hauts-parleurs – un rien moyenâgeux, avec une scansion presque menaçante. J’en ai parlé avec des femmes qui tenaient des étales, ça n’avait pas l’air de les amuser… Arrivés de l’autre côté, nous avons pris un bateau rapide et une petite dizaine de minutes après, j’arrivai à Iquitos.

mansa-amazone-perou-2