statue emblématique de BarceloneL’Espagne n’était pas forcément au programme. Je pensais que j’allais naviguer plus que je ne l’ai fait. Et à force de tourner autour du pays sans trouver de bateau, j’y ai finalement séjourné 3 mois. En guise de préparation au voyage, c’est très bien tombé pour maîtriser l espagnol. Je découvre la littérature hispanique dans le texte, notamment Eduardo Mendoza ou Carlos Luis Razon. De ce dernier, ne ratez pas « La Sombra del Viento », l’ombre du vent, un roman qui débute dans « el cimenterio de los libros olvidados », le cimetière des livres oubliés…

Tourelles de la Sagrada Familia, BarceloneCe fut un séjour sur fond de crise économique doublée d’une crise institutionnelle avec la Catalogne qui réclame un référendum pour son indépendance. Au moment où on tente de se convaincre que l’Europe continue à se construire, ça fait un peu désordre. J’avoue avoir été mal à l’aise avec l’ambiance agressivement nationaliste que j’ai ressentie lors de concerts aux « fiestas mayores », les fêtes de quartiers à Barcelone. Les jeunes surtout m’ont paru très revendicatifs (du genre « l’indépendance ou la mort » affiché sur des T-shirts). Ça me donnait l’impression d’un autre âge. Un ami m’a raconté qu’à un dîner où une dizaine de personnes étaient réunies, les locaux avaient préféré parler catalan et traduire pour les autres convives, qui pourtant parlaient tous espagnol couramment (ou plutôt castillan, dixit les Catalans)… No comment. Le point d’orgue de cette ambiance un peu nauséabonde a été le jour de la manifestation du 11 septembre où sont sortis tous les indépendantistes, avec leurs drapeaux. Alors qu’ils sont plutôt marqués par une tradition républicaine et « de gauche », ça m’a plutôt paru conservateur et famille/patrie. Il semble que ces revendications découlent directement des frustrations liées à la guerre civile de 36 – les catalans étant républicains – et surtout du Franquisme, période pendant laquelle le régionalisme a été combattu, en particulier en Catalogne et au Pays Basque.

3 filletles jouent sur un skteboard devant la mer

Après 1 mois à Barcelone, un peu de tourisme : Grenade, une petite merveille ; Séville, belle mais trop grande, trop sèche ; Cadix, la fête et la plage. Et après, 5 semaines aux Canaries où j’ai surtout navigué, avec en prime l’ascension du Teïde sur Tenerife, le mont le plus haut d’Espagne – 3700 m, on est monté jusqu’à 3300 et il faisait froid ; un séjour fermier à La Palma avec rando dans les monts de la Caldera, la plus belle île je crois.

Statue de Lichtenstien à BarceloneRiche et ambivalente, l’histoire de ce « pays du sud » de l’Europe qui menace la monnaie unique. La puissance des Rois catholiques est omniprésente, ces créateurs du grand peuple hispanique du monde – et c’est bien vrai que l’espagnol est une des plus parlées au monde et tend même à s’imposer aux Etats-Unis. Un ami Argentin de Barcelone, alors qu’il pestait contre les mesures d’austérité, me disait qu’après tout, les Rois catholiques avaient conquis ce pays et c’était toujours eux qui le gouvernaient. En revanche, il semble assez peu sensible au fait d’appartenir au grand peuple hispanique du monde. Que cette histoire est douloureuse ! La reconquête sur les Musulmans et l’expulsion des Juifs qui se retrouvent jusque dans cette obsession du jambon – y’a pas d’autre mot – qui rappelle qu’à l’époque de l’inquisition, on brulait sur les « cruz verde » ceux qui refusaient d’en manger. Les Canaries ont aussi été conquises dans un bain de sang, et que dire du nouveau monde ! Politiquement en tout cas, c’était très tendu, l’Andalousie et les Canaries étant très pro Espagne, et tous ceux avec qui j’ai pu en parler étaient particulièrement choqués de l’attitude des Catalans.

fauteuils vide sur une plage, avec les plages en fond

Tout cela n’empêche pas de faire la fête ! Il y a cette joie de vivre et de sortir, malgré tout, qui est si forte, jusque dans la façon de s’embrasser à tout va, en se prenant par l’épaule, avec effusion. J’adore ! Tout le monde est dehors, il fait doux, les gens marchent, parlent, boivent. Il y a dans ce pays une très grande tolérance pour la drogue – à Barcelone, on peut tranquillement fumer son joint de Maria en attendant d’être servi au restaurant, en terrasse. On trouve très facilement de tout pour aller jusqu’au bout de la nuit. D’autant que les Espagnols sortent très tard : on dîne à partir de 22h, on sort dans les bars vers 1h, les boites commencent à 3-4h, on finit avec l’after vers 7h. Il faut pouvoir tenir. Mais je n’ai toujours vu (à Barcelone ou à Cadix aussi) que des ambiances très cool, où tout le monde sourit à tout le monde ! La police reste très présente, surtout à la sortie des boites, mais tant que l’ordre public n’est point troublé, elle n’intervient pas.

personnages romains de la Sagrada Familia, Barcelone

affiche délirante dans les rues de BarceloneDès le 16 août, les Fiestas mayores, fêtes de quartiers de Barcelone débutent avec celle de Gracia, la plus délirante, et se succèdent jusqu’à la fête de la Merced le 19 septembre. J’y ai croisé et recroisé puis accompagné un groupe de batucada et samba-rè ; groupe très hétéroclite et très cosmopolite, emmené par un Allemand tout à fait passionné. Quelle ambiance ! J’ai été témoin d’une jolie confrontation entre la police et le groupe, qui a continué à jouer avec pas mal d’arrogance jusqu’à ce que les flics lâchent l’affaire, il était 3 heures du matin, un dimanche, veille de fête. Et je vous assure qu’ils font beaucoup de bruit. Mais j’ai surtout éclusé Barcelona by night en compagnie d’un français, Stéphane, qui aime la ville au point d’en mordre la poussière. Mi-Dj mi-dealer, il m’a emmenée déambuler dans les rues, plages et autres bancs publics, de bar en bar, ou de bière en bière, enchaînant boites, Jilinguitos de plage, afters. Ça a été une très belle rencontre, c’est un personnage ( !) qui, en plus, m’a « réveillée » avec beaucoup de tact et d’humour, moi qui suis capable parfois de pas mal délirer. J’ai eu la chance de tomber sur quelqu’un de bien !

Fontaine dans l'alhambra, Grenade, Espagne

maison du parc Guel, BarceloneEn Andalousie, les rencontres ont été plus éphémères, plus mondaines, entre les ambiances sympathiques des auberges « Ciudad’ Inn », et les gathering de Couch Surfing. Des morceaux de vies du monde entier échangés, racontés soit en anglais, soit en espagnol. Plus local : grand souvenir d’une boite de Flamenco exclusivement avec des Sévillans, où tout le monde dansait et chantait avec les musiciens, c’était génial. Enfin rencontre particulièrement marquante de deux frères Citoyens de Jérusalem – est-ce que ce n’est pas classe ça comme « nationalité » !? Ils parlent de leur Ville avec tellement de simplicité et de chaleur qu’on se dit, malgré tout ce qui se passe autour, et c’est peut-être bien pour ça, qu’il doit faire bon y être.

3 femmes sur la plage

Pour finir, les Canaries ont été moins festives, mais pleines de rencontres, les Canariens sont très accueillants. Au hasard de ces rencontres : Alexandro, un fermier chez qui j’ai séjourné à la Palma, la trentaine beau gosse, sportif, bio, parlant anglais couramment et écoutant de la techno à fond ; toute une bande de frères, se laissant vivre dans une bicoque accrochée à la montagne au-dessus d’une crique déserte, nous a invités à boire des coups et à déjeuner, comme ça pour rire. Et, la plupart du temps, n’étant entourée que de français, je ne pouvais pratiqué mon espagnol qu’en m’adressant aux gens dans la rue, et il ne fallait pas les prier pour entrer dans la discussion. A Las Palmas, dans la rue du 29 avril j’ai demandé à une dame ce qu’était cette date, on a fini dans un bar où tout le monde dissertait sur la question – j’exagère à peine…