terrasse  flan de montagneAprès le petit tour en Californie, je suis « rentrée » (à Quito).. Il faut croire que je m’y sens chez moi. Je suis arrivée début octobre, ça fait quatre mois. Et pourtant quand je suis arrivée, je ne pensais pas rester. Vraiment pas. Capitale, polluée, où il fait froid. Arrivant des Caraïbes, je n’étais plus habituée. La fatigue du voyage a fait que je me suis posée par manque d’envie de chercher ailleurs. Et puis, l’ambiance riante et chaleureuse de l’Auberge Inn m’a séduite. Le voyage est surtout fait de rencontres, et j’en ai faites de très sympas ici !

Rue de Guápulo, Quito, Équateur

Je vous avais parlé du quartier de Guápulo et de ce chalet accroché à la montagne qui m’avait tellement éblouie. Et bien, premier inattendu de 2014, voici que j’y habite ! C’est un endroit aussi incroyable à vivre qu’à découvrir. On a l’impression d’être à la campagne, au bord d’une forêt – alors qu’on est en plein milieu de la zone métropolitaine de Quito. Le quartier est vraiment plein de charme – il ne faut pas avoir peur de grimper : les rues pavées, les parties plus anciennes avec plein de vieilles maisons rénovées, les escaliers qui partent par ci par là, les quartiers plus récents, très prisés, avec des maisons gigantesques très luxueuses. Les habitants sont très accueillants : comme ils commencent à me voir régulièrement arpenter la côte, ils m’abordent souriant me demandant qui je suis, où je vis, d’où je viens. Le villedge quoi !

Vue plongeante de l'église de Guápulo, Quito, ÉquateurRue de Guápulo, Quito, Équateur

 

Chemin descendant vers un chalet, à flan de montagne, avec des oies

C’est un vrai bonheur de vivre dans le chalet. Le matin, le soleil pointe de la vallée et passe au travers des fenêtres à vitraux bleus et jaunes. Il y a les oies et autres poules qui caquettent à côté, des fleurs partout, un terrain de foot en contrebas et l’incessant va et vient des véhicules dans la vallée, mais le son est tellement étouffé, couvert par le bruissement des feuilles des arbres, et ils sont tellement petits, qu’ils sont en fait juste là pour l’image ; la nuit surtout c’est très beau ! Le soleil chauffe toute la journée et éclaire l’intérieur de la maison par différentes fenêtres selon l’heure. Le plus chouette c’est en fin de journée, le soleil passe par la lucarne de derrière, et la terrasse est à l’ombre, idéal pour travailler.

Vue sur le bord du plateau de Quito et ses tours d'habitations, de Guápulo, Équateur

J’ai gardé les chattes pendant une dizaine de jours et, depuis, on cohabite avec Juli et plein de gens passent. Juli est géographe, plutôt spécialisée dans la géographie politique, et très impliquée avec les Communautés Indiennes. Du coup, j’entre direct dans l’actualité la plus caractéristique de cette partie du monde : reconnaissance des droits des peuples natifs, territoires indiens et industries extractives, politiques économiques soutenables et disparition de la forêt primaire. Les constitutions de la Bolivie et de l’Équateur sont les premières à avoir reconnu les droits des peuples indiens, il y a moins de dix ans. En même temps, sur le terrain les choses ne sont pas si simples : les conflits sont tendus, la répression forte. Le fait est que tous les gisements de minerais, de gaz, de pétrole sont situés dans les zones des réserves indiennes, ce sont leurs territoires. Et ces territoires sont bien souvent des forêts encore primaires, des lieux préservés avec beaucoup de biodiversité, voire des peuples « non contactés ». Ici, très concrètement, la loi du profit est implacable et les entreprises, souvent épaulées par l’armée, sont très puissantes – avec en toile de fond la violence associée au trafic de drogues. La Conquista n’est pas encore complètement terminée…

 

Village à flanc de montagne, vue de Guápulo, Quito, Équateur

Dans la bibliothèque de Juli, il y a le livre de Samir Amin, Eurocentrisme. Et bien, je vous assure que ça fait du bien de se décentrer un peu, de relire l’histoire d’un autre point de vue. Et pourtant, économiste de formation, avec une spécialisation à l’internationale et une expérience certaine des problématiques de développement et des économies émergentes, je n’ai jamais été trop ignorante de ces histoires. Et pourtant, d’en entendre parler au travers de l’histoire d’une vie, ou d’un travail ou de la perte d’un travail, ça donne des perspectives très nouvelles, ça permet de mieux comprendre, de « contextualiser » pour utiliser un mot à la mode…

Maison de famille blanche

J’ai aussi rencontré le propriétaire du lieu, Juan. Il est né dans la maison de la famille qui est un peu plus haut. J’ai dîné dans son chalet, la vue y est encore plus époustouflante, et la maison, tout en niveaux, avec terrasses et baies vitrées, mélange de masques du monde entier, sculptures sur bois, plantes et mobilier discret – riche et simple. Juan est professeur d’Université et, aussi, très impliqué avec les Communautés Indiennes. Sans trop d’illusions. La nature, la sauvage, va disparaître ce siècle, il y a beaucoup trop de choses à faire pour l’éviter, nous n’aurons pas le temps. La question est juste : et nous avec, ou pas ?

Chalet en bois, Guápulo, Quito, Équateur

Juan a été témoin du dernier demi-siècle de l’Amérique Latine : il avait une vingtaine d’années au moment de la Révolution Cubaine et a vu se mettre en place toutes les dictatures militaires qui s’en suivirent dans la partie Latine des Amériques ; puis le développement des industries extractives pendant les années 70, avec tellement peu de retombées pour les populations locales ; il était à Chicago dans les années 80 quand les Chicago boys ont débarqué pour expérimenter leurs théories néolibérales, d’abord au Chili avec Pinochet, puis dans quasi tout le continent… Après les crises financières et bancaires du début de ce siècle, les élections ont quasi toutes porté au pouvoir des partis de gauche. Les Chavez/Maduro, Lula/Rousseff, Kirshner, Morales et Correa portent beaucoup d’espoir.. Espoir, alors la lutte continue.

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