La statue de l'ange de Quito, ÉquateurC’est assez fascinant une capitale au milieu des montagnes de la cordillère des Andes. Ça donne à la « ville », ou plutôt mégalopole, une perspective différente. Des points de vue différents. Quito est une bande de 50 kilomètres, du Nord au Sud, située sur un plateau calé à quelque 2850 mètres d’altitude au-dessus du bassin du fleuve Guayllabamba. À l’Ouest, elle est dominée par le massif du Pinchincha où pointent quelques volcans, principalement le Rucu, à 4700 mètres et le Guagua, « l’enfant », toujours en activité à près de 4800 mètres. Sur les flancs de ce massif se sont construits plusieurs quartiers. Cela donne une urbanisation comme dentelée, ou aérée, avec quelques collines en pleine agglomération et des flancs de montagnes tout autour, soit habités soit encore recouverts de forêts. À l’Est, la ville surplombe la vallée, qui reste perchée à 2300 mètres et s’étale sur une vingtaine de kilomètres de large jusqu’à ce que la branche orientale de la cordillère des Andes reprenne la place. Massif montagneux à 3000 mètres, pas moins, et où culminent les sommets enneigés de quatre volcans dont le Cotopaxi à près de 6000 mètres.

Vue générale de Quito avec le Cotopaxi enneigé en fond

Enseigne du café Guápulo à Quito, ÉquateurGuápulo c’est un ancien village indien situé à peu près au milieu de l’axe Nord Sud, à flanc de coteaux, plein Est au dessus de la vallée. Ils étaient là au début… En fait c’est principalement une route, el camino de Orellana, qui descend de virage en épingle à cheveux en virage en épingle à cheveux, sur une pente de 20%, jusqu’à atteindre le bourg. Tout le long, il y a des maisons construites dans le seul but de profiter de la vue sur la vallée. Il n’y a pas d’espaces libres, les constructions se sont agglomérées au fil des époques, ça donne un patchwork assez désordonné, bariolé, et relié par des escaliers de tous calibres. Beaucoup de charme, sans charme…

Guápulo c’est le quartier bobo, comme un peu le « Villedge » de Quito. Très officiellement, c’est là que vit la majorité des artistes locaux, la vie y est surtout nocturne, on y vit bien tranquille le jour et on y fait la fête le soir. Enfin, c’est un tout petit villedge, hein, avec 3 ou 4 bars « hippie ». Rien à voir avec l’industrie de l’éclate du quartier de la Mariscal, ici on vient faire la fête dans un lieu magnifique, c’est pas le nombre et le bruit qui comptent, c’est l’ambiance.

rue de guápulo, Quito Équateur

Après mes dix jours sous la pluie junglesque en compagnie des singes, j’avais envie de faire la fête. Jean-Luc, le directeur de l’Auberge Inn de Quito et son rire hautement communicatif, aussi. On est donc parti au café Guápulo Arte retrouver des potes à lui. Vieille bicoque toute en bois, quelques tables à l’intérieur avec un bar aussi tout en bois, le must de l’endroit c’est la terrasse qui – forcément – donne sur la vallée. À cette heure avancée de la nuit, la vue a surtout quelque chose de mystérieux : un grand vide sombre et profond, agrémenté de lueurs électriques scintillant ça et là dans des halos de brume froide. Mais même le froid ne m’a pas gâché le plaisir de cette soirée. Une des boissons traditionnelles des Andes c’est le canelazo : de l’alcool de canne à sucre, sucré et parfumé à la cannelle, rallongé de jus de naranjilla, un des fruits perdus des incas (qui n’a rien à voir avec une petite orange…). C’est le vin chaud du coin.

Bonne musique, bonne ambiance, bons délires, on a même dansé ! La nuit fut blanche.

rue de Guápulo, avecc barre d'immeubles sur le plateau qui surplombe le quartier

Vue sur l'église de Guàpulo, Quito, ÉquateurAu café Guápulo, j’ai rencontré Juli, une Californienne d’esprit et Sud-Américaine de cœur : PhD en sciences politiques, spécialisée sur les communautés Amérindiennes de tous poils – elle a aussi travaillé avec les Aborigènes d’Australie – quelqu’un au parcours passionnant. Elle m’a invitée chez elle le dimanche suivant. Juli habite à Guápulo, un peu plus haut que le café, la « courbe » d’avant. On est arrivées vers cinq heures du soir, quand le soleil descend. Derrière un portail, on arrive d’abord sur un petit parking de graviers, il y a plein de fleurs oranges en grappes sur des arbustes grimpants qui cachent un peu la vallée. On descend en pente douce vers une maison blanche, vielle maison de famille de caractère, deux étages avec terrasse filante en haut et salon d’été au rez-de-chaussée entouré de baies vitrées, ancien style, et plein de plantes à l’intérieur. C’est pas là…

vue sur la vallée au pied de Guàpulo, Quito, Équateur

La vue déjà est « breathtaking » – à couper le souffle.. On descend un petit escalier, on s’enfonce dans la verdure, des arbres, des arbustes, des fleurs. Sur la droite apparaît un chalet en bois, couleur alezan vernis avec des poutres jaunes, des bleues. La Suisse avec un petit côté Disney. Deux étages, baies vitrées sur la vallée. On continue le chemin qui descend toujours vers un second chalet de même taille, avec une immense terrasse directement sur la vallée. Juli m’explique que ce sont les demeures de son propriétaire et de sa femme. Chacun le sien. On continue pour arriver à un petit portail, le chemin nous amène sur une terrasse dalée, délimitée par un bac à fleur – des arômes blanches et roses, énormes – en forme de demi-cercle. Derrière c’est le petit chalet où vit Juli : ça doit bien faire 50 mètres carrés, cuisine ouverte, grande table et salon avec cheminée, à l’étage une mezzanine où est la chambre. Tout est de briques rouges et de bois, avec des vitres de forme cathédrale, agrémentées de vitraux bleus et jaunes.

Quel endroit ! De la terrasse, alors que la nuit tombe en douceur sur l’interminable banlieue de Quito, je m’imagine comme dans un village de Provence, ceux à flanc de montagnes, du côté de Mende, qui aurait été posé au milieu de Paris. C’est Montmartre puissance 10, d’où on pourrait voir jusqu’à Mantes-la-jolie. La démesure, le calme et la verdure avec en contrebas, là-bas, les autoroutes, les ponts à six voies, toute l’agitation d’une agglomération, la nuit, qui scintillent nerveusement.

 

Coin de verdure avec chalet en bois dissimulé dans la végétation

Tout ce qu’on peut apercevoir des chalets, de la rue