La banlieue de roseau, Capitale de la Dominique, vue de la mer

Roseau

Pour rejoindre la Dominique de Saint Pierre, au nord de la Martinique, on a une petite journée de traversée. J’étais avec Michel et Jo sur leur Voyage 12,50, Let it be. Belle traversée, c’est fabuleux de naviguer. Avec le vent. Les îles c’est magnifique. J’ai pu barrer, presque pendant deux heures. La mer était très agréable, présente, remuante.

Aller de bateaux en bateaux, ça fait rencontrer des vies, des gens, à chaque fois un style différent, des histoires différentes, mais avec quelque chose de cool, l’envie de voyage, de découverte. Je garde un beau souvenir de la douceur de Jo, son regard sur les choses avec tellement de distance et de dépit amusé. Nous avons rejoint Java, Stéphanie et Mathieu, Tom que j’adore et Robinson, mon charmeur préféré. J’aime beaucoup voir les enfants en voyage sur les bateaux, vie en famille à 100%, pas toujours facile j’imagine, mais quelle expérience. Il y a de belles histoires d’amitié autour du voyage, qui traversent les années, les mers, avec les bateaux qui changent. Elles se construisent au gré des départs, en Méditerranée ou dans les Caraïbes, et des retours en Métropole.

Coucher de soleil avec bateau de pêcheurs relevant leur filet

 

 

trek vers le boiling lakeLa Dominique c’est des montagnes, de la forêt tropicale et une végétation exubérante avec des sources d’eaux chaude, sulfureuse, voire bouillante. C’est nature. Pas énormément de touristes, sauf ! Plusieurs jours par semaine, les bateaux de croisière qui y déversent leurs Américains et autres touristes, pour la journée. Et il y a quelques cruisers, les voyageurs à la voile. Beaucoup de Français, on est entre la Martinique et la Guadeloupe. Ici on parle anglais et français créole.

Les Dominiquais sont très accueillants, tout le monde est cool, très rastafari. L’île a apparemment beaucoup changé ces quinze dernières années. Le tourisme marche bien, et comme ils parlent anglais, il y a aussi des entreprises étrangères de services téléphoniques. Ça n’est pas riche mais on sent qu’il y a de l’activité, beaucoup de maisons en construction, de belles maisons, même dans les quartiers plus pauvres, beaucoup de charme, de couleurs. La vie est douce, les gens sympas, la nature généreuse.

Racines protubérantes d'un fromager sur l'indian river près de Portsmooth

Trafalgar Falls

Trafalgar Falls

Incontournable : les Trafalgar Falls. De l’eau à presque 40 degrés dans des baignoires en cascade avec la forêt tropicale autour. C’est magnifique. On est monté aux pieds des deux cascades qui surplombent la vallée. Les rochers étaient glissants et c’était un peu technique mais arrivés à la cascade pour se baigner dans une eau fraiche, pure, avec l’arc-en-ciel qui brille là où l’eau se fracasse sur les pierres, nager vers, dans, l’arc-en-ciel, c’est du bonheur. Il y a aussi des ballades magnifiques dans la rain forest, il pleut souvent certes mais qu’est-ce que c’est beau. Fresh lake, et autour du village de la Souffrière, au Sud de Roseau, la Capitale. Nous sommes montés au Boiling Lake, trois heures de marche sous la pluie, trempés : ascension jusqu’au Paradis et descente dans la Vallée de la Désolation pour découvrir un lac d’eau blanche d’une vingtaine de mètres, peut-être plus, dans un cratère, et qui bout au milieu. Un décor à la Indiana Jones. On ne voyait pas grand chose entre la vapeur d’eau et les nuages qui nous entouraient, mais il faisait chaud, et après la pluie ça faisait du bien. Un peu d’escalade pour mettre la main dans une eau à peut-être 70 degrés, sur le bord. Ça brule. Sur le retour, on a pu se baigner dans une piscine d’eau chaude, à peine 30°… Après Trafalgar, on est forcément difficiles. À l’arrivée, dernière baignade dans la fente d’une roche – cinq à six mètres de haut et guère plus de deux mètres de large, même moins, avec une cascade au bout et la forêt au-dessus, fougères géantes, ailes de mouche, rastaman trees, fromagers et leurs immenses racines si impressionnantes

boiling lake

I am DominicaC’était l’ouverture du Carnaval. Le point de départ de la parade était près de notre mouillage. Les camions avec la dance étaient tout à côté, attendant leur tour de défiler et ça allait durer : de la dance à pleins décibels… Mes hôtes faisaient la sieste, je sais pas trop comment. J’ai fait du stop en dinguy, emmenée par nos voisins, des américains de Hawaï qui partent voyager une année en Europe : le père, un fils de 25 ans à peine, un plus jeune, 10 ans, et le neveu, la vingtaine. On a déambulé un peu ensemble. Au delà des couleurs, des miss, des Queens, les petites danseuses, les pierrots sur échasses et les fantômes bigarrés (voir la galerie de photos sur le post précédent), il y a l’ambiance, la musique est partout, très forte. Reggae, Calypso et Soca. Ça pulse surtout ces camions qui défilent en derniers et où sont les groupes qui jouent la Soca. Ça rassemble tout le monde. Les stars sont au-dessus, avec des boys qui soulèvent les fils électriques pour qu’ils ne s’étranglent pas dedans ; les musiciens jouent en dessous, les batteurs tiennent une cadence effrénée pendant des heures.. Je suis aussi allée à une compétition de calypso, pour désigner le Roi qui fera la fermeture du carnaval en février. Une sorte de Pop Star locale, couverte par la radio, un événement national. Beaucoup d’ambiance, de rires, pliés en deux, du fait des blagues des animateurs, des stars aussi. J’ai croisé le Roi en titre, celui qui gagna l’an passé, Dice. Sa chanson, « Mama beat me, Mama hit me » raconte les inégalités entre les white collars qui s’en tirent toujours et le vendeur de ganja emprisonné.

Bus écrasé par un baobab

Le sujet qui est sur toutes les lèvres, ce sont les Chinois. Depuis cinq ans, les Chinois ont tous les contrats publics, les routes, les grandes constructions. Il y a eu un accord avec le gouvernement, secret. Globalement, l’économie locale s’en tire bien mais les Chinois arrivent, avec leurs familles, leurs produits, et, leurs travailleurs. Ils n’apportent pas directement du travail sur l’île… L’île est peuplée de 70 000 habitants, ça doit se voir. Je n’ai vu que quelques Chinois. Mais j’ai senti un véritable sentiment d’invasion. Certains sont contre, très contre, d’autres plus mesurés disent que, comme ce sont des commerçants, ils apportent de l’activité.. Le cinéma de Prince Rupert, au nord de Portsmouth, est fermé. Depuis plusieurs années. Et le bâtiment, de facture plutôt sympa, pourrit là. Ça n’a probablement pas grand chose à voir, mais c’est dommage.

Maison rose, banlieue de Portsmooth

Il y a quelque chose de très ambivalent dans le voyage à la voile. Le voyage est lent, au long cours mais on passe finalement peu de temps là où on s’arrête, pas assez pour vraiment entrer dedans. Avec ma façon de faire, d’aller de bateaux en bateaux, je rencontre plus de gens qui voyagent que de gens habitant les lieux que j’aborde. Le programme de Michel et Jo a changé et ils n’ont plus besoin d’équipière. J’ai rejoint Nezih sur son Amel maramu (les voileux ont tous la voix qui change quand ils prononcent Amel), pavillon Turc. Je mange Turc, je parle de la Turquie et du Moyen-Orient et je vais en Guadeloupe.

Coucher de soleil sur la mer des caraïbes