rue d'Iquitos et ses moto-carriolesIquitos, c’est donc un port dans la jungle péruvienne. C’est une ville de près de 500.000 habitants, fondée par des jésuites au milieu du 18ème siècle, afin de regrouper les indigènes pour mieux les gérer. Son âge d’or fut la ruée vers le caoutchouc entre 1880 et 1914, période faste à l’origine des riches bâtisses qu’on peut apercevoir dans certaines rues. 5ème ville du Pérou, elle est très touristique : on vient s’y encanailler au milieu d’une population hétéroclite. Hétéroclite parce que, précisément, on vient s’y perdre pour une foule de raisons… dont la principale reste, quand même, d’être au plus proche de la Sauvage. Particularité : il n’y a pas de route pour y aller, on y arrive soit par bateau soit par avion.

Iquitos : vue sur l'Amazone du quartier Belem

Port marchands, Iquitos, PérouJ’ai débarqué au port marchand de mon petit rapido sur des pontons flottants, environnée d’immenses navires fluviaux, à coque plate, assez rouillés. L’eau était recouverte de nénuphars parsemés de bouteilles plastiques. Bon. Après 3 jours à descendre le rio Napo, tout à coup il y avait beaucoup de monde : passagers, vendeurs ambulants, dockers chargés de pacs de bouteilles, d’immenses sacs de toile, de piles de cartons. J’ai déambulé le long de pontons de plus en plus larges, avec de plus en plus de monde, jusqu’à un grand escalier de bois recouvert de plaques de tôle. Une foule. Et une montagne de bouteilles plastiques ondoyant sur le bord du fleuve Amazone. En montant, on découvre l’étendue du port, navires amarrés un peu dans tous les sens, le labyrinthe des pontons, des maisonnettes de guingois, des centaines d’embarcations de tous acabits, plus loin d’énormes stères de bois et le fleuve Amazone en fond. C’est sale. En haut de l’escalier, on entre dans un immense marché, sans fenêtres, toutes les marchandises sont entassées à même le sol, ça grouille de gens et de mouches, il fait chaud et sombre – il est midi. Après, sur l’avenue, un essaim de chauffeurs de taxis nous accueille. Les taxis sont des moto-carrioles, moto-carros, la version moderne de la bicyclette rickshaw d’Asie. Inattendu et particulièrement bruyant.

port marchand Iquitos, Pérou

quartier de BelenInterlope. C’est sans doute le terme qui la décrit le mieux. Il faut dire que la ville est ouverte et abrite trafics en tous genres (drogues, bois, animaux) ainsi qu’une industrie pétrolière. Il existe tout de même des quartiers plus tranquilles, un peu excentrés. Les abords du port sont très pauvres, les rues recouvertes de boue et d’immondices. Se mêlent aux bicoques des ateliers mécaniques, industrieux, des entrepôts de marchandises. Plus au centre, les places sont fleuries et entourées de grands établissements financiers ou officiels ; ainsi que des églises. Il y a même un édifice conçu par Eiffel, sans intérêt. Les artères adjacentes sont encombrées de moto-carros, d’échoppes ambulantes, de changeurs de monnaies. Plus à l’Est, le marché de Belen est un dédale de ruelles remplies d’étales couverts de bâches en plastique, qui s’ouvre sur des préaux bruyants et sanguinolents de cadavres de poulets puis se prolonge par les échoppes flottantes des vendeurs de poissons. Ça pue la mort. Ça fourmille de monde. Toutes les plantes les plus délirantes y sont vendues pour voyager, lever ou jeter des sorts, ou encore se soigner. Les jus de fruits y sont réputés pour leurs vitamines et leurs vertus aphrodisiaques. J’avais demandé à l’office du tourisme si le marché était dangereux, l’homme m’a répondu simplement qu’il n’y avait pas de bandes armées de signalées.

Vue du port d'Iquitos, Pérou

Le soir, sur la berge, la foule se rassemble pour regarder le coucher du soleil et profite de la fraicheur : des familles avec les enfants qui courent partout, les indigènes qui sont venus des communautés avoisinantes travailler comme journaliers, les touristes argentés qui se promènent ou dînent en terrasse, et les touristes beaucoup plus bohèmes qui vadrouillent, chevelu(e)s et tatoué(e)s, parfois pieds nus, essayant de vendre leurs bijoux. Plus tard, les boites de nuit prennent le relai jusqu’à pas d’heure. Hétéroclite.

place de armas, Iquitos, Pérou

 

Communauté sur le fleuve Amazone, PérouAller dans la jungle est un voyage plutôt bien organisé, ça peut être plus ou moins cher. L’écologie est chère, l’écologie est un luxe. La nature, la sauvage, est en voie d’extinction. Elle est devenue rare et elle se valorise. C’est horriblement tentant. Le marché et la concurrence se sont organisés. À Iquitos, ville au milieu de la jungle, on peut partir 4 jours ‘dans la jungle’ pour 100 euros. Je n’ai pas eu envie. Je me souviens d’un voyage au Sénégal, avec une excursion dans les villages de la savane. J’avais détesté. C’était au début des années 1990. On entrait chez les gens, regardions ce qu’ils mangeaient, s’asseyant sur leur lit dans leur réduit si pauvre, si authentique… Ces Sénégalais devenaient acteurs de leur propre vie, leur culture et façon de vivre cataloguées dans les registres de l’étrange. L’Amazonie n’y coupe pas. Les Indigènes singent, oserais-je dire, les Indigènes : ils arrivent en jeans, se changent en tenue traditionnelle, devenue un « costume » pour chanter leur chanson. Ils ne renouvellent plus leur culture. Il faut de l’argent. Ils se vendent et les marchés s’installent. Il y a apparemment beaucoup de prostitutions. La forêt tropicale primaire, elle, cet autre monde, disparaît.

Coucher de soleil sur l'Amazone, Pérou

Enfant indien à ma balustrade d'un cargoLa jungle est un endroit attirant. Je n’en ai vue que la bordure. J’ai pris un de ces navires marchands, sur lesquels deux ponts sont réservés aux passagers qui viennent munis de leurs hamacs. Un cargo, chargé à bloc, à dos d’hommes et monte-charges. Savez-vous qu’il est interdit de prendre des photos dans les ports marchands internationaux ? Ça doit être vraiment flippant ! Bref, j’ai passé une première après-midi dans mon hamac sur le pont. C’est tranquille bien qu’un peu surréaliste ; je comprends la magie des ports : c’est comme une fourmilière, et toi, tu flottes juste au-dessus. Fin d’après-midi, à l’heure prévue du départ, on nous annonce qu’on ne part pas,. C’était vendredi, donc départ lundi. Week-end de plus qu cours duquel j’ai pu mieux entrer dans l’ambiance du soir d’Iquitos, fort sympathique. Lundi, rebelote, on ne part pas mais on peut dormir sur le pont. On était quelques touristes, européens et argentins, et un groupe d’indiens que j’avais déjà croisé le vendredi. Ils partaient planter des arbres. Plus un couple d’Étasuniens septuagénaires, en cabine. Soirée argentine. Je pense que l’Argentine c’est mon prochain pays sur la liste… On est parti le mardi soir, pour 3 jours – un ennui qui fait du bien. Pas d’Internet, la télé c’est la forêt qui défile, les couchers de soleil, les arrêts dans les villages d’où accourent toute une armée de vendeurs ambulants. Du plastique, beaucoup de plastiques, qui tombent dans le fleuve. Un fléau. Mais quel coût le traitement de ces déchets ? Ces pays sont écrasés par leur dette extérieure et leurs matières premières leur sont extorquées depuis la bagatelle d’un demi-siècle. Bref, tout ça part dans l’océan et étouffe la nature.

 

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N’empêche. La jungle est un endroit attirant. Elle a été parfois tellement bruyante ! Juste en bordure, comme ça, alors que le bateau frôlait les arbres. Pas grand chose à dire : juste une super méga-télé, où tu peux rire, vivre en compagnie d’autres autour de toi, te perdre dans tes pensées et tes rêves en regardant et partageant de belles images. Beaux voyages !

Fontaine d'Iquitos, sur le fleuve Amazone, Pérou