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Une yole martiniquaise

« Le Marin, c’est la fin de quelque chose ». Le Marin, c’est la ville d’arrivée de la transat pour la majorité des français, et pas seulement. Ce n’est pourtant pas la première île sur la traversée, ce serait plutôt la Barbade. Je ne sais pas comment c’est là-bas, mais il y a bien quelque 2000 bateaux ancrés dans la baie du Marin.

Fin de la transat donc. Et déjà il faut atterrir, la traversée est fatigante. On n’a pas forcément envie de repartir tout de suite naviguer… Mais aussi toutes les traversées ne se passent pas bien. Des amis se fâchent, des couples se séparent, les rêves s’effondrent… Pour beaucoup, il faut refaire la caisse de bord pour pouvoir repartir, et ce n’est pas si simple, le travail est rare semble-t-il. Ou il y a ceux qui venaient pour s’installer dans les îles et l’eldorado n’est pas celui qu’ils escomptaient. Pour l’un d’eux, croisé au Mango Bay, Le bar du Marin, il parlait même d’un enterrement : plus d’argent pour partir, ni pour rentrer, coincé sur son bateau qui se détériore avec le temps, il ne lui reste que le rhum et un boulot de merde… Pas joli. Il y a beaucoup, beaucoup de bateaux à vendre.

Pourtant l’île aux fleurs est magnifique. Et je n’ai rencontré que des gens particulièrement gentils et accueillants. Dans les boutiques, les bars, les restaurants, dans la rue. Les Martiniquais sont des gens bien sympathiques ! Il faut dire que la vie est douce par ici. Même s’il a plu « à boire debout » comme disent les Québécois. Ça n’empêche pas de se baigner sur des plages paradisiaques, dans une eau magnifique, comme sur les cartes postales. L’île est verdoyante, vallonnée, avec des fleurs de toutes les couleurs, des crotons jaunes rouges verts, des maisons de toutes les couleurs.

Village de Saint Anne

Vue du village du Marin, MartiniqueJe suis restée un petit mois. D’abord chez Isabelle, sur un Sunkiss 47 pieds, grand, racé, beau, coincé au mouillage à Saint Anne parce que le rêve s’est effondré. Trop bien ancré pour même aller faire de l’eau à la station du Marin, 10 mn au moteur. Pas si simple la vie dans la baie sans eau douce… Le mouillage en bateau est un joli piège d’oisiveté : l’indolence du clapotis, la fraicheur du vent, assez vite on se laisse aller à ne plus faire grand chose, regarder le soleil briller, guetter le rayon vert – au moment où il passe au niveau de l’eau, le dernier rayon du soleil fait comme un flash vert, c’est fascinant ! Il y a aussi une ambiance assez « expat », on est entre soi sur les bateaux, les insulaires sont les autres. Je préfère de loin être au ponton, comme je l’ai été peu après au Marin sur Écru, un 30 pieds charmant qui a fait la boucle : Québec, Açores, France, Madère, Canaries, Martinique. Claude, qui m’accueillait, a fait tout ça en solitaire. Chapeau ! Grosse fatigue en arrivant, il a choisi de laisser le bateau pour quelques mois, rentrer au Québec et revenir une fois ses batteries rechargées. Trop peur de se coincer là.

martinique-lambiClaude hébergeait déjà Magali, grande voyageuse qui a fait la traversée comme moi. Avec eux, je me suis mise à parlé avec l’accent québécois, là… J’adore ! Avant qu’elle ne parte pour Haïti accoucher une de ses amies là-bas (Magali est sage-femme), nous avons pas mal bougé. Invités par Gilles, un pêcheur métro installé là depuis un paquet d’années, nous avons déjeuné et bu dans le trou à cyclone derrière la baie du Marin, au milieu de la mangrove.

Il semble que j’ai pas mal de chance. J’ai rencontré Virginie et Alex qui ont bien galéré pour trouver des endroits où dormir, à trimbaler leur sac tous les jours sans savoir s’ils allaient trouver un endroit où se poser pour au moins une nuit. Le tourisme de l’île est plutôt hype, pas de guest house, chez l’habitant c’est cher, je ne parle même pas des hôtels.

Carousel de Fort de France

J’ai plutôt sillonné l’île en voiture. Côté Caraïbes, les Anses d’Arlet avec le rocher du Diamant au coin ; plus haut, Fort de France. La Capitale n’est pas très belle mais je trouve qu’elle a beaucoup de charme. J’aime bien les maisons cracra et les ambiances de rue. La Bibliothèque est un bâtiment magnifique, conçue par un certain Monsieur Picq, très inspiré par Eiffel manifestement et par des décorums orientaux, joli mélange. Elle a vu le jour grâce à la générosité d’un politicien qui s’est battu pour l’abolition de l’esclavage en 1848, Victor Schoelcher, et a légué ses nombreux livres à la ville pour que le peuple s’éduque. Il y avait ce soir-là le vernissage d’une exposition du peintre Emmanuel Jean-Baptiste, un Haïtien qui raconte des paysages colorés avec des arbres qui ont des corps de femme. De belles histoires. J’ai aussi vu une expo d’artistes caribéens à la Fondation d’art contemporain de l’Habitation Clément, une distillerie de rhum devenue un musée. Quand je suis arrivée, il y avait plein de monde en costard-cravatte et femmes habillées – c’était les vœux du Président. Incongru dans ce décor.

Cathédrale de Fort-de-France,En revanche, la Martinique by night, c’est pas l’éclate, même dans la Capitale. On nous a expliqué à Fort de France que depuis la disparition d’Aimé Césaire, la vie n’était plus la même, beaucoup de corruption, de délinquance, de drogues… Un peu partout la même histoire… En tout cas, il ne se passait pas grand chose pour un vendredi soir. À Saint Anne, pendant les fêtes, il y eu quelques animations, mais à 23 heures, tout était plié, même le week-end, c’était frustrant ! Surtout quand la musique est top : Kali, un groupe de reggae (http://www.rfimusique.com/artiste/musiques-monde/kali/biographie) ou encore le bœuf de l’école de Jazz, avec des profs impressionnants. Il y a eu aussi un concert de La ronde des Dames, avec Jocelyne Bérouard, une ancienne de Kassav, en tête d’affiche, et Princesse Lover pour chauffer la salle. Les reines du Zooklove sur une même scène, c’était un événement, surtout pour les dames du public qui connaissaient toutes les chansons par cœur.

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Ascension de la montagne Pelée

Plus sportif, l’ascension de la Montagne Pelée, jusqu’au deuxième refuge. On ne lui voit jamais le sommet, elle est toujours dans les nuages. Nous avons été enveloppés dedans, poussés par un vent déchainé. On marchait, baignés dans l’humidité, enveloppés par les nuages qui filaient à toute allure. Le chemin n’est pas facile avec ses pierres glissantes, mais même si les conditions n’étaient pas idéales, j’ai beaucoup aimé l’expérience.

Côte Ouest de l'île de Martinique

La côte ouest est à mon goût la plus belle, la plus sauvage avec les rouleaux qui se fracassent sur les plages, le bruit de l’océan et l’odeur de l’iode s’imposent. Il y a une ballade magnifique sur la presqu’île de la Caravelle. Elle traverse les bois et longe la mangrove sur une très longue partie. Au tout début, il y a les ruines du Château Dubuc, une famille de colons manifestement enrichis à coup de trafic en tout genres, dont d’esclaves. C’est devenu un musée sur l’esclavage et son abolition. La mangrove, c’est fascinant. C’est en fait la nurserie de la mer, les poissons et les crustacés viennent y pondre. On y voit des bébés crabes, poissons, des huitres et des moules sont accrochées aux racines plongées dans l’eau. Ça grouille de partout. Les racines de palétuviers rouges, blancs ou gris avec leurs formes de mains, de griffes, semblent se déplacer sur l’eau. On en trouve aussi plus au sud, du côté de l’étang des Salines, sans doute dans tous les coins un peu abrités, où ces enchevêtrements de bois avancent dans la mer et la dessalent pour se nourrir.

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