Vue du Rio Napo, à Misahualli en ÉquateuriUn peu plus loin vers la jungle. Misahualli (prononcer mizawayi) c’est « le dernier village au bout de la route ». Avant on passait par ici pour descendre sur Coca et plus loin dans la jungle via le rio Napo, qui part de la Sierra et va se jeter dans l’Amazone au Pérou. Depuis, la route reliant Coca et Tena a été construite, c’est plus simple… Misahualli est devenu, ou plutôt tente de devenir, un port touristique, petite station balnéaire particulièrement bondé d’équatoriens pour les fêtes. Vous êtes ici entouré de jungle, de nouvelles routes peuvent vous emmener un peu plus loin vers des communautés indiennes, ainsi que par la rivière pour les plus isolées. Pour le nouvel an, ils sont d’ailleurs nombreux à être venus, en bateaux ou en 4×4, pour faire la fête sur la place du village ; mélange étonnant d’Indiens de l’Oriente, de citadins de la Sierra et de gens de la côte – qui n’ont pas tous exactement la même façon de « se mettre sur son 31 »…

Vue du Rio Napo depuis le pont qui l'enjambe à Misahualli, Équateur

Le 1er, la fête a continué sur la plage, avec musique et barbecue – poissons du fleuve étouffés dans des feuilles de bananier et plantain grillées. Nager dans la rivière Napo a cela de particulier qu’en fait vous reculez – le courant est tellement puissant que vos battements et autres agitations de bras sont tout à faits impuissants – toutefois ça réchauffe, car l’eau est froide…

 

Portrait de singe peuplant le village de Masahualli, ÉquateurL’attraction principale du village reste les singes. Un panneau l’annonce dès la place principale : les singes font ici partie de la vie. En d’autres termes, ne venez pas râler s’ils vous ont chipé vos lunettes, chapeau ou quoi que ce soit d’autres. Ils sont plus chez eux que vous ne l’êtes… J’ai déambulé un jour entier à regarder d’en dessous les branches des arbres de la place, de la plage.. Pas de singes. Un peu déçue. Pour le 31, j’avais élu domicile dans une chambre sur la plage, avec une grande terrasse. Une fois installée, vers le début de l’après-midi, j’en ai vu un qui marchait sur la plage, tranquille. Après ils sont arrivés…

Les singes sont des êtres fascinants, on les regarde sans se lasser. Tout le monde s’arrête, se plante devant eux, sourire idiot mais qui vient du fond du cœur.. On tente d’établir un contact mais il faut bien avouer que les singes se foutent bien de nous. Il n’y a que les petits qui nous incluent dans leur terrain de jeu. Et là c’est n’importe quoi ! La preuve :

À un moment, je suis sortie de ma chambre avec des tomates dans les mains, ce qui a rendu l’un de ces deux joueurs encore un peu plus fou : il doit adorer les tomates. Il m’a grimpé dessus pour tenter de les attraper. À un moment, il s’est littéralement pendu à mon cou. Les singes ont quatre mains, et une queue, qui est d’une puissance étonnante. Mon pote le singe qui aime les tomates a enroulé sa queue autour de mon cou, sans m’étrangler vraiment, et s’est laissé pendre, le dos sur mon ventre afin de mieux pouvoir se débattre avec moi et mes tomates. Mais j’ai quand même gagné, il n’a pas eu mes tomates. En fait, il a lâché l’affaire plutôt rapidement..

Singe de profil, Misahualli, ÉquateurDepuis, j’ai pu voir qu’ils habitent effectivement le village et sont même très présents. Le matin ils ont plus faim et prennent ou acceptent volontiers ce qu’on leur tend. Enfin, ils sont assez difficiles. Et ils sont vraiment chapardeurs. Toujours curieux, j’en ai vu un piquer paquet de cigarettes et briquet. Bien sûr il s’est brulé les poils avec le feu, il a senti l’odeur de son crin brulé, scientifique… Ils se bastonnent sérieusement parfois, ça fait certes de l’animation sur la place. Et ils prennent quelques coups de balais aussi, mais c’est quand même plus rigolo que les pigeons, y’a pas photo – même s’ils sont tout autant couverts de puces et chient partout, tout pareil.

N’empêche, regarder les singes gambader dans les arbres, sauter d’une branche à l’autre, se pendre en laissant le rameau ployer sous son poids pour atteindre une autre branche ; diantre ça a l’air fun ! Avoir cette agilité pour grimper aux arbres, aller jusqu’en haut et se vautrer tranquille le long d’une branche pour profiter de la vue. Ça donne envie ! Les singes sont des êtres contemplatifs. Ils peuvent passer un temps incroyablement long à regarder, on ne sait trop quoi. Il paraît que nos ancêtres, comme les singes, se baladaient de branche en branche ; ça s’appelle la brachiation et ce serait pour ça qu’on se serait tenu debout. Et ce serait seulement après qu’on serait devenu « intelligent ». L’évolution, tout un programme…

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