vue sur la jungle de montagne à Tena, ÉquateurMe voici en bordure de la jungle, à Tena, dans l’Oriente, l’Est du pays où est l’Amazonie. C’est ce qu’on appelle une ville carrefour. Se croisent là les gens des communautés qui vivent dans la jungle et viennent se ravitailler, ceux qui travaillent avec les communautés ou, d’une façon ou d’une autre, avec la jungle mais vivent en dehors, et les touristes. C’est donc une ville avec beaucoup d’activités, de commerces, de fêtes aussi : bars restaurants boites et putes (on m’a dit mais j’en ai pas vues). C’est aussi un carrefour de rivières et les touristes viennent ici principalement pour faire du kayak et du rafting. Il fait chaud, moite, il pleut beaucoup, et la jungle est là, tout autour, avec ses bruits tellement particuliers et cette verdure foisonnante si mystérieuse..

Vue de Tena, Équateur

J’écris « touristes », ce n’est rien de péjoratif, c’est juste qu’effectivement je n’en suis pas. Le touriste est pressé, le guide toujours à la main, il n’a que quelques jours ou semaines. Il est là pour s’éclater, oublier le travail, le train-train, prendre un grand bol d’air avant d’y retourner. Le voyageur a le temps. Il prend le temps. C’est un peu la même idée que le voilier, il va avec la force du vent. Le voyage devient la vie de tous les jours, avec la pénibilité de beaucoup de contraintes en moins : avantages et inconvénients de la liberté au quotidien.

photo retournée d'un arbre, houpet en basOn me demande souvent à quoi ressemble mon quotidien. Il est vrai que pour ce qui est de l’environnement courant : la chambre, la salle de bain, la cuisine, le salon, le quartier, le marché, super ou pas ; ça change souvent. C’est aussi pour ça que prendre le temps est important, rester plusieurs semaines à chaque endroit sympa, partir vite de là où ça ne le fait pas. En fait, c’est incroyablement facile et rapide de se faire des repères.

Mes habitudes de vieille fille se résument à mon ordinateur et mon thé. Je suis beaucoup devant mon écran, certes. C’est mon outil de travail (j’écris et fais pas mal de recherches), mon dernier salon où on cause (via skype et les t’chats), ma table à correspondance (pour les méls), mon cinéma, ma télé et mon tourne-disque. Le monde est connecté, c’est certain, et internet est un outil merveilleux, on ne le dira jamais assez.

tête d'un crocodile qui n'aime pas qu'on le prenne en photo

Pour ce qui est du thé, je suis capable de criser si je n’en ai plus. M’accompagnent depuis mon départ ma boite à thé, ma cuillère à thé et un thermos. Je bois du thé vert chinois, du Gunpowder ou mieux du Long Jing. Ah ! Les Chinois, on sait bien qu’ils sont partout ! Et c’est tellement vrai ! Et comme ils boivent du thé vert, on peut en trouver quasiment partout. Dans beaucoup de Capitales, il y a un quartier chinois – même à La Havane. Mais, si tant est qu’il n’y en ait pas, comme à Kingston ou Quito, il y a toujours suffisamment de Chinois en ville pour qu’il existe quelque part une boutique, voire un supermarché, de produits chinois destinés auxdits Chinois. Et donc du thé vert.

marionnettes qui seront brulées pour la saint sylvestre, Equateur

 

fleur rouge à duvetPour les fringues, on s’habitue assez vite à vivre avec très peu, c’est finalement plutôt reposant. Comme on les met beaucoup elles s’usent vite et on a le plaisir de racheter. Tout de même, on garde ses manies : j’en ai « trop » – vu le poids de mon sac, et j’ai surtout un nombre anormalement élevé de chaussures pour une voyageuse.. Je ne passerai pas sous la barre des 23kg autorisés à mon prochain aéroport, il faudra que j’allège c’est certain. Jusqu’à maintenant, j’arrive à bouger avec un « petit » sac, laissant tous mes extras à l’auberge de Quito. J’ai rencontré une voyageuse, partie pour plus d’un an, qui n’avait que 10kg, je dis bravo ! D’autres avec qui on a pu échanger sur le poids de notre trousse de toilette… Avec le temps, on progresse, mais même si ma trousse de toilette est maintenant plus légère, le sac lui pèse toujours autant…

Le plus caractéristique du quotidien du voyageur reste l’inattendu. Et c’est bien ça l’opposé de la routine, du train-train. Quand on arrive quelque part, on ne sait ce qu’on va y trouver, on a quelques infos de guides ou d’autres voyageurs, mais chacun découvre son propre monde. Et, surtout quand on voyage seul(e), on ne sait qui on va rencontrer. Tout est à découvrir, à construire, pour un temps éphémère en plus. Une certaine idée de la vanité. On apprend en fait à ne s’attendre à rien, à se laisser surprendre. Planifier quoi que ce soit est toujours frustrant, parce que se présente toujours quelque chose qui vous attire ailleurs ou vous donne envie de rester plus longtemps. Les seules contraintes imparables sont les visas, et encore, certains font le choix d’être clandestins – enfin c’est pas toujours un choix…

Avec cette nouvelle année qui commence, je vous souhaite de prendre le temps. Je crois que c’est une des plus belles réussites de la vie. Le dieu du temps, Chronos, est un dieu qui mange ses enfants. Ne vous faites pas manger par le temps !

Je vous souhaite aussi plein d’inattendu, c’est un fort joli mot, non ?

gorille peint sur un mur à Téna, Équateur