dominicaine-republique-saint-domingue-montesino-1Le rythme du voyage change. J’avais envie de rejoindre la Terre et de me poser. Je ne pensais pas que ça irait aussi vite… Je suis arrivée ici un petit peu par hasard. L’île m’était quasi inconnue. Il n’y a ici ni Bob Marley, ni Fidel Castro pour être connues comme la Jamaïque et Cuba, juste à côté. La Rép. Dom. c’est la partie Est, Haïti en étant la partie Ouest, de l’île d’Ayiti. Nous sommes dans les Grandes Antilles, Merengue, Bachata, Salsa et Reggaeton, avec une couche d’États-Unis qui ont occupé ces îles presque toute la première moitié du 20ème siècle. Comme dans toutes les anciennes colonies j’imagine : beaucoup d’immigrants reviennent au pays. Il y a ceux qui ont réussi et ceux qui n’ont pas réussi. Les inégalités sont très voyantes car somme toute, on vit ensemble.

 

place ombragée, Santo DomingoL’Histoire est riche de la cassure du nouveau monde. Octobre 1492, 520 ans d’histoire, c’est court. Avant, les Taïnos vivaient là, paisiblement lit-on, depuis 3000 ans. C’est la seule île des Caraïbes où l’entièreté de la population autochtone a disparu, en 50 ans. Mais ils demeurent les Ancêtres, c’est la filiation du sol. Le génocide amérindien a été une des pires boucheries qu’on a pu engendrer. C’est la modernité qui débarque : détruire pour créer. Les économistes en ont même plébiscité une théorie, la destruction créatrice. Il y a vraiment des concepts à repenser… Ancienne colonie espagnole, il y a quelque chose de l’ « homme nouveau » rêvé à l’époque des Rois catholiques : un peuple métissé entouré de l’omniprésence du Christ.

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kitesurfer-2Je me suis donc arrêtée pour quelques temps. D’abord à Santo Domingo – Saint-Domingue – la Capitale, 3 millions et demi d’habitants. La zone coloniale est patrimoine de l’humanité : la majorité des bâtiments a entre 400 et 500 ans, faits de cette architecture espagnole pleine d’influences musulmanes prises en Andalousie et à Grenade. Avec des églises partout. Colomb s’était installé là et l’île a été la première colonie européenne de ce côté de l’Atlantique. Lui, jusqu’à sa mort, a toujours cru qu’il était proche de l’Inde. Les pirates ont pas mal détruit à l’époque, notamment l’Anglais Francis Drake. J’y ai fait de belles rencontres de voyageurs et de voyageuses du monde entier avec une majorité d’Américains du Sud et du Nord. Ensuite Cabarete, au nord sur la côte atlantique : des plages interminables, sable et cocotiers, et un vent idéal pour la planche et maintenant le kite. J’y ai retrouvé de vieux amis, ça fait du bien de retrouver des gens qu’on aime. Il y a une grosse communauté de français, l’île est un coup de cœur pour beaucoup d’étrangers qui sont très actifs dans le tourisme.

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Mon ami Jo Bardebar au kite surf, yeah !

L’île n’est pas riche. D’ailleurs les Espagnols s’en désintéressèrent à peine cent ans après avoir massacré les Taïnos – ni épices, ni or. Il y a quelques mines de pierres (larimar et ambre), quelques entreprises de transformation dans l’agroalimentaire – la plus célèbre est Brugall, le rhum local – et des callcenters dont les emplois rémunérateurs, comme dans le tourisme, sont d’abord réservés à ceux qui ont vécu aux Etats-Unis et parlent couramment anglais. L’espagnol d’ici c’est ce que le québécois est au français. J’ai encore beaucoup de mal à comprendre. Mes acolytes ont tous vécus aux Etats-Unis, ont tous bourlingués à droite à gauche, je parle surtout anglais. Le pays est très croyant, les slogans à propos de Jésus qui va venir bientôt s’affichent sur les murs des maisons et les véhicules, mais les mariages sont très rares, les familles très éclatées, l’homosexualité complètement intégrée. Le travail est mal rémunéré, et se prostituer est un moyen comme un autre de survivre. Les statistiques officielles parlent de 40% de la population vivant avec moins d’un dollar par jour, ça paraît incroyable de survivre avec si peu. Malgré tout ça, il y a une joie de vivre très partagée, les gens sont heureux « gracias a Dios ». Ici tout le monde s’appelle « mi Amor », « Amigo », « Manito » (dérivé de Hermano, frère), même dans les administrations.

L'appel de Montesino, Santo Domingo

Le sermon de Fray Antonio de Montesino, 1511, qui rappelait aux colons espagnols que les Taïnos étaient des êtres humains qu’il n’étaient pas sensés massacrer…