arbre-foretSamaná est une petite station balnéaire tout à l’Est de l’île de la République Dominicaine. C’est là que je me suis posée pour un bon mois, dans un studio avec une terrasse qui constitue la véritable pièce à vivre. Ici, on vit plutôt dehors, surtout quand on a la vue sur la baie avec des amandiers et des manguiers dans le champs. C’est beau. Le confort y est simple, le sous-développement se ressent surtout dans l’absence de sécurité domestique, en particulier l’électricité et la cuisine. Toute l’activité est à Samaná alimentée par le tourisme, mais un tourisme de pauvre : les touristes sont toujours là pour de courtes durées, un jour s’ils débarquent d’un paquebot de croisière, une semaine peut-être deux s’ils sont à l’hôtel Bahia Principe 5 étoiles, où tout est fait pour qu’ils ne sortent pas, ou alors bien encadrés. Du coup, c’est le royaume du Hustler.

Samaná, République Dominicaine

Ligne de moto-taxis attendant le touriste, Samanà, République DominicaineLe Hustler, c’est celui qui va chercher le touriste et l’amène à dépenser. Il (parfois elle) vous aborde, sympa, friendly, cherche à comprendre qui vous êtes, à se trouver des points communs, et surtout à entendre de quoi vous avez envie, afin de vous le proposer. D’abord son aide, son amitié, et puis tout ce que vous voulez. Ça ne faisait pas une heure que j’étais arrivée et je payais des bières à un mec, la trentaine mignonne, qui m’expliquait très sérieusement que j’avais trouvé l’amour de ma vie. Motivé et pas drôle. C’est comme du jeu, une audition : tenter sa chance. Vendre dans la rue ici c’est un long apprentissage. Les enfants commencent jeunes à aborder les touristes, avec une fleur pour 10 pesos, ou pour cirer les chaussures. Ce n’est pas non plus du harcèlement, la majorité des enfants sont à l’école, mais même ceux-là parfois vous vendent les prospectus d’Orange pour 5 pesos. Entre eux, les hustlers se respectent. Si vous êtes abordé par l’un, les autres ne vous approchent pas. C’est comme une loterie de foire, il faut jouer beaucoup pour gagner quelque chose : une bière ; de l’argent, en commissions de ventes – art artisanal, cigares, alcools, services, drogues, prostitué(e)s ; un ami, qui revient tous les ans, appelle, consomme chez les amis, donne son ordi voire propose un taf dans son pays ou un hébergement (ça arrive) ; une veste ; une sortie, de jour comme de nuit, tous frais payés ; un sourire ; l’amour de sa vie (ça arrive) ; du sexe ; un bonbon.

Plage de Santa Barbara de Sama;àMais attention le roi est nu sous son armure. La concurrence est rude, le touriste rare. On attend le paquebot, les débarquements ne sont pas affichés. Il faut aller le chercher jusqu’à la plage de l’hôtel, le séduire. On gagne surtout du bon temps, éventuellement on se fait du réseau. Mais c’est difficile d’épargner, on gagne tout juste de quoi survivre, se loger, et on profite des extras. Certains touristes sont capricieux, susceptibles – ils payent, ils ont tous les droits. J’en ai vu un, un Dominicain de Boston qui gagne sa vie dans l’immobilier. Ici il joue les rois du pétrole. Accompagné de sa femme, il attend du Hustler qu’il lui trouve des filles, sous couvert de parties de pêche, qu’il se saoule et se défonce avec lui, qu’il le divertisse. Ami, confident ou esclave, on lui promet un scooter (500 US$) pour sa disponibilité. Réveillé à 4 heures du mat pour jouer les gardes du corps, il s’invite même chez lui au milieu de la nuit pour manger local. Mais, un mot de travers et adieu le scooter ! Au final, au lieu de rapporter, ça a coûté. Shit happens !

Le Christ sur les hauteurs de Puerto PlataPour gagner sa vie en vendant dans la rue, il n’y a que la drogue mais là, il ne faut avoir peur de rien et avoir des appuis. Ou alors réussir à se faire recruter dans l’armée des hustlers officiels du groupe Bahia Principe, pour accueillir et accompagner le touriste dans le but de l’amener voir une présentation, powerpoints et photos, de ses prochaines vacances dans un hôtel de la chaine, moins chères et en VIP. Les salaires sont en dollars, 200 de fixe, pourcentage sur les présents, pourcentage sur les ventes. Les hustlers sont de redoutables vendeurs, mais le client peut annuler à tout moment, l’hôtel reprend la prime illico, se gardant la trésorerie quelques semaines avant le remboursement du client. On ne prête qu’aux riches !

 

motardeJe vis donc au milieu des Dominicains. Les enfants jouent au baseball à tous les coins de rue – ce sont les Champions du monde – les plus vieux jouent aux dominos, par groupe de quatre. La ville résonne des motoconchos, mototaxis qui vous emmènent partout, et de la musique locale toujours très forte. La vie est tranquille, en dehors des rushs les jours de paquebot. La saison n’a pas été très bonne et elle se termine. C’est le printemps, il fait très chaud, et quand il pleut, 5 minutes max à tout rompre, c’est un vrai bonheur ! On entend aussi les pasteurs qui prêchent et des Guereros de Dios qui se repentent, micro en main, à la sortie du supermarché. Quelques grosses voitures circulent, asiatiques ou allemandes.

Je vais tenter d’aller en Haïti, dans l’Ouest de l’île, mais s’y balader est particulièrement risqué. Cette partie de l’île a toujours été plus pauvre, plus aride. Les Espagnols l’abandonnèrent rapidement au profit des Français qui y abattirent une grande partie des quelques forêts pour y cultiver canne à sucre et tabac. Les 500 dernières années de cette République, qui a osé proclamer son indépendance 40 ans avant l’abolition de l’esclavage, n’ont pas été qu’une partie de plaisir : pauvreté, dictatures, catastrophes naturelles, on parle de malédiction. Les Haïtiens ont occupé la Rép. Dom. une vingtaine d’années au début du XIXème ; on ne les estime pas beaucoup ici, avec leur vaudou… Une toute autre culture… A ver.