Il y a à peu près 1000 bateaux qui « transatent » chaque année. Un des points de départ les plus courus sont les Canaries, même si les équipages se forment souvent avant. La saison commence mi-novembre jusqu’à mars/ avril. On dit qu’avec le changement climatique, il vaut mieux partir de plus en plus tard. L’idée est d’éviter les cyclones près des Antilles et que les Alizés, ces vents d’Est qui nous poussent tout le long, soient bien établis. À partir de là, beaucoup de formules sont possibles pour faire du bateau stop, il faut juste trouver son bateau et son équipage…

une fontaine en forme de chat, Alhambra, Grenade, EspagneCôté luxe et grande classe, chaque fin novembre il y a l’ARC (Atlantic Rallye Cruiser) qui rallie Las Palmas de Gran Canaria à Sainte Lucie. Cette année, 240 bateaux étaient inscrits – ∼ 5000€ l’inscription comprenant quelques jours de ports, les fêtes, la présence d’un bateau « ambulance » le long du trajet et pas mal de manifestations autour. On est là avec les 1% et ce sera du bateau stop payant : des bateaux magnifiques de 50 pieds minimum, des catas Lagoon aussi impersonnels qu’une chambre d’hôtel mais de très, très grand confort. On peut trouver au sein de cette course des places purement payantes – on m’a parlé d’une demi-coque de cata de 50 pieds pour 2 à 40€ jours (+ caisse de bord) par personnes – mais ça devait être des soldes… On peut aussi payer pour être équipier : entre 25 et 30€ jour, avec ou sans nourriture. La voile tout un état d’esprit ! À Las Palmas gravitent à peu près 50 à 60 personnes qui cherchent à embarquer pour traverser. Il est plus avisé de prendre des contacts avant par le net. Certains équipages peuvent être contactés via la liste des participants à l’ARC (http://www.worldcruising.com). Il vaut mieux s’y prendre à l’avance – j’ai répondu en novembre 2012 à un skipper qui faisait son équipe pour l’ARC 2013 (100$ par semaine, caisse de bord en sus i.e. boissons et nourriture, frais de ports et gasoil).

des voiliers en préparation pour la transatlantique dans le port de Las Palmas aux Canaries.

Ensuite, il y a les 99%. De nouveau, on peut contacter les skippers à l’avance même si ça ne garantit rien (http://www.equipiers.fr ; http://www.voyages-transversales.com ; http://www.stw.fr ; http://www.voilesetvoiliers.com) . Et tâter le terrain au delà de l’annonce, en bateau stop, il arrive que l’on tombe sur des hurluberlus ! Un monsieur me proposait de partir en septembre alors qu’en juillet il n’avait pas encore vendu le terrain qui devait lui permettre d’acheter le bateau ! C’est bien quand le skipper connaît son bateau et l’a préparé un peu quand même – 3 mois minimum avant la transat.

Au large de la plage de Las Palmas, les voiliers plus modestes sont à l'ancre

Le gros de la troupe, qui paie le moins cher en frais de ports, est constitué de bateaux entre 35 et 40 pieds (10,5 à 12 mètres). Là on trouve tout ce petit monde de la voile qui, avec son histoire perso, part pour une traversée et cherche des coéquipiers (ères) pour partager l’aventure. Le vrai bateau stop ! En règle générale, les frais sont partagés, il faut compter autour de 10-15€ par jour selon le nombre d’équipiers – dès que le bateau passe 12 mètres, les frais de ports sont doublés. On trouve tout type de bateaux, de la construction amateur la plus rutilante au vieux rafiot tout rouillé et qui pue – le spectre est très large question confort chez les 99% : frigo ou pas, option congélo / glaçons ou non, douche / pas douche, quantité d’eau disponible par personne, cabine, couchette, énergie produite, bi-mini pour l’ombre dans le cockpit… Là aussi toutes les formules sont possibles

Grands et beaux voiliers en préparation pour la transatlantique de l'ARCEnfin, on peut aussi trouver des propositions parfaitement commerciales – rires compris et photos des gilets de sauvetage à l’appui : 250$ par semaine avec versement d’un acompte de 35% à l’inscription (http://www.findacrew.com ; http://www.floatplan.com). Avec mon expérience de 50 jours de nav, ils étaient prêts à me prendre à La Palma pour traverser direct jusqu’au Panama, 5 semaines, même pas une discussion skype… 49 pieds OK mais c’est quand même bien de faire connaissance avant. C’est une expérience très spéciale que d’être en société sur un bateau au milieu de l’eau. C’est bien de se connaître soi déjà dans ce genre de contexte, d’autant que les skippers / propriétaires peuvent être véritablement tyranniques, et ils sont les maîtres à bord.

rocher sur la côte portugaire, à la mine patibulaire

J’en ai croisés deux comme ça. La première fois, j’étais sur un bateau où le chef était très stressé : il était en retard pour rejoindre sa femme en Crête, qui était celle qui lui finançait cette « folie », folie qui se révélait être un puits sans fond compte tenu du nombre d’avaries qui s’accumulaient – clairement il filait un mauvais coton ! À chaque escale, il devenait fou, c’était à peine si on pouvait prendre une douche – enfin lui, si ! – et aller acheter de quoi manger. Entre lui et l’équipier (bien plus compétent), j’ai assisté à une relation maître esclave que je ne pensais pas possible dans ce genre de cadre. J’ai tenu 15 jours… À Las Palmas aussi, j’ai aperçu un autre énervé qui n’arrêtait pas de hurler sur son équipier en chef, à bord d’un cata de 56 pieds en partance avec l’ARC. Même sa prestation à l’arrivée au ponton, en faisant rugir les moteurs, ne donnait pas envie de le connaître.

Côte nord de la MartiniqueDonc faire un minimum connaissance un peu avant la traversée me paraît indispensable si on ne veut pas prendre le risque de se gâcher sa transat pour incompatibilité. Ça fait certes partie de l’aventure mais c’est bien de se prémunir un tant soit peu.. Avec mon camarade Marc, qui ne cherchait pas vraiment de coéquipière, on a cohabité sur le bateau pendant une dizaine de jours au port avant de partir, histoire d’être sûr qu’on était sur la même longueur d’onde.

coucher de soleil en mer

Pour finir, le déroulement du voyage, et en particulier de ses nuits, va dépendre des équipements à bord. Si les quarts de veille sont à respecter, un équipage de quatre est le minimum. En revanche, avec l’AIS, qui permet de détecter et d’être détecté par les cargos, un pilote automatique et un radar, on peut éviter les quarts et être moins nombreux : les alarmes vous réveillent s’il y a un danger. La veille se réduit à une inspection toutes les deux heures pour vérifier que tout va bien. Quant aux empannages intempestifs, je vous assure que ça s’entend quand ça arrive ! On a croisé la route de 2 cargos et un voilier avec lesquels il aurait pu y avoir collision, dans cet immense océan, c’est étonnant en termes de probabilités. Grâce à l’AIS, tout s’est bien passé, enfin il a fallu se signaler à un des cargos et au voilier.

Le nec plus ultra, c’est bien sûr d’avoir son bateau, mais ça je vous en parlerai quand j’aurais le mien : j’étudie la question…